Le silence se trouve loin de Twitter

Je n’ai jamais été un grand fan des réseaux sociaux, la faute sans doute à mon tempérament introverti. Pourtant, j’ai rejoint Twitter en 2019, par curiosité. Ce réseau-là me paraissait différent des autres, à la fois parce qu’il n’était pas entaché par les mêmes scandales à répétition que Facebook mais aussi parce que son format court lui donnait une dynamique attirante. Twitter semblait un excellent moyen de se tenir au courant des toutes dernières actualités de n’importe quelle communauté.

Pendant mes deux années d’expérience sur Twitter, j’ai toujours maintenu une activité passive. Plus spectateur qu’acteur, plus occupé à scroller qu’à rédiger des tweets. Je ne voyais pas l’intérêt de partager des détails de ma ma vie ou même de m’immiscer dans des conversations qui ne me regardaient pas plus que cela. À partir de 2020, j’ai utilisé mon compte pour vaguement relayer les articles que je postais sur ce blog. Je l’ai fait systématiquement au début, puis avec moins d’application voire plus du tout quand j’ai compris que ça n’influait pas tellement le trafic de mon site. Avec peu d’abonnés et une activité aussi anecdotique que la mienne, je suis un très mauvais utilisateur, les algorithmes ont toutes les raisons de laisser mes tweets noyés dans la masse. Je n’ai même pas essayé de jouer le jeu pour poster plus régulièrement et augmenter mon taux d’engagement même quand je n’avais rien à dire. Déjà beaucoup trop fatigué de faire semblant dans une société qui ne jure que par la norme extravertie, j’ai préféré rester moi-même et donc forcément demeurer plus ou moins invisible sur ce réseau, quitte à ce que mon blog reste bien peu visité.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Utiliser Twitter passivement pour toujours, ne postant que quand j’en avais réellement envie. Ça aurait pu marcher. C’était sans compter sur les effets pervers des réseaux sociaux. J’ai longtemps cru que j’arriverais à utiliser Twitter en me préservant de ces effets. Force est de constater aujourd’hui que je me suis trompé, et ce n’est pas si étonnant que ça. Après tout, ces outils ont été conçus justement pour exploiter les failles biologiques du cerveau humain.

Avant d’aller plus loin : reconnaissons que les réseaux ont permis des mouvements admirables de luttes et de libération de la parole ; un outil n’est bien souvent rien de plus que ce qu’on choisit d’en faire. Les réseaux ne sont toutefois pas mis à la disposition de tous par altruisme , ce sont la propriété d’entités économiques qui recherchent le bien-être non pas de l’humanité mais de leur porte-feuilles. On ne peut se limiter à considérer ce que les réseaux nous offrent, il nous faut faire aussi le bilan de ce qu’ils nous prennent, notamment sur le plan psychologique, et le tableau devient rapidement bien moins reluisant.

Listons quelques une des choses que j’ai apprises sur les réseaux, que ce soit par expérience personnelle ou en me renseignant sur le sujet. Je ne fais sans doute qu’enfoncer des portes ouvertes, mais peu importe. La spirale est insidieuse et on a vite fait de tomber dedans, même en connaissant a priori les dangers.

Les réseaux sociaux sont chronophages et incapacitants. Procrastiner n’a jamais été aussi facile qu’en scrollant pendant des heures, ce qui non seulement attise la culpabilité mais aussi empêche de progresser concrètement dans ce que l’on poursuit.

Les réseaux sociaux sont bruyants, addictifs et alimentent le syndrome FOMO (fear of missing out). On se connecte pour vérifier si quelque chose de nouveau n’est pas arrivé depuis la dernière fois, probablement cinq minutes auparavant, car chaque événement nous récompense avec toujours plus de dopamine. La réalité est que nos cerveaux ne sont pas adaptés à l’ère technologique moderne et sont en permanence sur-stimulés, ce qui nous plonge dans un état de stress permanent. C’est particulièrement gênant pour ceux qui pratiquent des activités artistiques : la création se nourrit beaucoup de silence et de sérénité.

Les réseaux sociaux sont des bulles de négativité, des nids à dramas permanents et sans intérêts, des lieux où bienveillance et respect sont parfois totalement absents, où certains pensent pouvoir harceler, insulter, dire n’importe quoi en toute impunité sous prétexte de se tenir derrière un écran ou encore sous couvert de ce qu’ils croient être de la liberté d’expression mais n’en est pas. Ceci alimente stress et anxiété, et crée un terrain propice à la dépression.

Les réseaux sociaux sont des injonctions permanentes au voyeurisme et à la comparaison. N’importe quel message ou photo est publique et est potentiellement consultée, non pas juste par vos proches, mais par littéralement des millions d’inconnus. Twitter n’est qu’une sorte de grande place publique où des millions de gens parlent dans tous les sens en même temps. Aucun espace isolé. On se retrouve, qu’on soit consentant ou non, à être des spectateurs attentifs de la vie de tous ces autres qu’on ne connaît parfois même pas personnellement. Certains apprécieront ça. D’autres au contraire développeront des complexes d’infériorité et brûleront de jalousie pour tous ces autres qui ont l’air tellement plus beaux, plus performants, plus parfaits, avec des vies tellement plus passionnantes. Peu importe que ces images ne soient que de la mise en scène, un reflet idéalisé de la vérité, les effets sont réels et destructeurs. En résultent anxiété sociale, peur de l’échec, mise en retrait et solitude, perte de l’estime de soi ou encore insatisfaction chronique.

Bien évidemment, tous ces aspects ne sont pas intrinsèques aux réseaux en soi. Il serait naïf de croire que les comportements toxiques ont attendu Twitter pour apparaître. Une fois de plus, un outil n’est que le reflet de ce qu’on en fait. Cependant, pour la première fois, les réseaux ont donné une toute autre envergure à ces phénomènes et nos cerveaux biologiques surtout habitués à évoluer en petites tribus ne sont pas armés pour totalement contenir la vague. Pire, certains jouent volontiers de ces phénomènes pour capitaliser dessus. En cassant avec la mode des forums communautaires où on se regroupait par intérêt thématique et où on pouvait modérer par nous-même l’accès à ces espaces, les réseaux sociaux ont créé une rupture et lancé une machine au potentiel infernal.

Durant mes deux années sur Twitter, j’ai tenté plusieurs modes de passivité. J’ai parfois régulé mon nombre de connexion en comptant des trombones, parfois mis l’application au loin pendant plusieurs semaines, parfois masqué massivement mes abonnements dans l’espoir de retrouver le contrôle de ma TL. Bilan des courses : les effets pervers, parfois estompés un temps, sont toujours revenus. Une décision radicale s’imposait donc. J’ai supprimé mon compte Twitter.

Est-ce dire que je disparaît totalement d’internet ? Non. Ce site reste bien évidemment ouvert et sera mon lieu privilégié pour partager ce qui me passe par la tête et relayer mes actualités littéraires et autres. Avec cette sérénité retrouvée, je nourris l’espoir de réussir à alimenter le blog un peu plus régulièrement que par le passé. [1]mais je ne promets rien car écrire des livres est aussi chronophage… Pour ne rater aucune publication, vous pouvez utiliser le flux RSS du site, cette bonne vieille technologie si efficace. Je configurerai peut-être une newsletter un jour si le trafic le justifie. Si jamais vous souhaitez me contacter pour une quelconque raison, vous pouvez laisser des commentaires sur mes articles, ou bien utiliser le formulaire à disposition pour cela.

Me voilà donc à vivre loin des réseaux sociaux, sans la moindre idée de ce qu’il s’y passe, et je m’en porte très bien, exactement comme je le faisais avant de rejoindre Twitter en 2019, il n’y a finalement pas si longtemps. Faut-il déduire de cet article que j’incite tout le monde à fuir les réseaux sociaux ? Pas forcément. Si vous y trouvez votre compte et arrivez à utiliser les réseaux de manière saine, tant mieux pour vous. Parce que nos expériences sont uniques et personnelles, il existe probablement autant de raisons de rester sur les réseaux que de les quitter. À chacun de se poser les bonnes questions et de faire son bilan. Dans mon cas, il était sans appel : le silence se trouve loin de Twitter.

References
1 mais je ne promets rien car écrire des livres est aussi chronophage…

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