Iconoclasts est un jeu vidéo réalisé par Joakim Sandberg et publié par Bifrost Entertainment en janvier 2018. Le jeu a été créé par une unique personne en huit années : Joakim Sandberg a tout fait par lui-même, de l’écriture au design, en passant par le développement et la composition de l’OST.

Iconoclasts mêle, dans un environnement 2D, éléments de plateforme, d’action et de puzzle, le tout rythmé par une histoire de SF très prenante et de nombreux boss à affronter.

Iconoclasts nous plonge dans une incroyable histoire de SF à travers toute une galerie de personnages particulièrement réussis, et aborde au passage des problématiques humanistes complexes sur notre rapport au monde et aux autres.

Iconoclasts, © Joakim Sandberg

L’intrigue de départ

On joue le personnage de Robin, une mécanicienne autodidacte qui exerce son artisanat en secret pour aider ses proches. Dans ce monde régi par un pouvoir religieux, le One Concern, seuls les mécaniciens habilités ont l’autorisation de manier les circuits mécaniques alimentés par l’énergie de l’ivoire, une ressource précieuse que l’on trouve dans le sol de la planète. Ainsi, Robin va se retrouver traquée par les milices du One Concern pour sa désobéissance. Dans sa fuite, Robin va rencontrer d’autres protagonistes, aux motivations diverses, qui vont l’aider ou au contraire s’opposer à elle, l’embarquant dans une formidable aventure qui va mettre au jour bien des secrets, voire devenir une véritable course pour la survie. En effet, on apprend au fur et à mesure que les réserves d’ivoire se font de plus en plus rares dans les entrailles de la planète en raison de son exploitation massive, causant une grande instabilité et des séismes, et mettant ainsi en danger l’intégrité toute entière du monde.

Une expérience vidéoludique de grande qualité

Le jeu est rapide à prendre en main, avec des contrôles somme toute assez classiques mais efficaces. Robin commence son aventure avec une arme paralysante qui lui permet de se battre contre diverses créatures qui peuplent le monde, notamment lors de phases d’explorations, mais aussi contre les nombreux boss du jeu. Elle possède également une clé à molette, héritée de son père, qui lui permet d’interagir avec tous les éléments mécaniques du jeu, par exemple pour activer des interrupteurs et ouvrir des portes. Le long de sa progression à travers l’histoire, Robin acquiert d’autres armes et voit sa clé à molette augmentée, obtenant ainsi de nouvelles capacités qui permettent de résoudre de nouveaux puzzles, ou même d’avoir enfin accès à des zones ou coffres auparavant hors d’atteinte.

Dans ces coffres dispersés, voire cachés, un peu partout, on trouve divers matériaux qui peuvent servir à fabriquer des améliorations. Une fois équipées (on peut en avoir jusqu’à trois en même temps), elles donnent par exemple la possibilité d’aller plus vite, ou d’augmenter sa puissance d’attaque. Celles-ci cependant se cassent temporairement lorsque l’on prend des dégâts, et il faut alors enchaîner suffisamment de coups sans se faire toucher pour les restaurer et profiter à nouveau de leur bonus. Très loin d’un système d’équipements sophistiqué comme on peut en trouver dans de nombreux RPGs, ces améliorations sont néanmoins un petit plus appréciable. Si les améliorations disponibles en début de partie sont plutôt anecdotiques, celles débloquées en fin de jeu sont nettement plus intéressantes et peuvent réellement faire la différence dans certaines situations.

Les mécaniques de jeu et puzzles sont très appréciables, avec une difficulté progressive et de nouveaux éléments introduits au fur et à mesure. Ainsi, on doit mélanger de plus en plus de principes pour progresser. Les puzzles sont suffisamment sophistiqués pour donner un petit sentiment d’accomplissement chaque fois qu’on en trouve la solution, mais pas assez pour qu’ils en deviennent frustrants. Il en va de même pour les boss. Il faudra parfois plusieurs essais pour découvrir notamment leurs mouvements et leurs attaques, piger comment les contrer, mais cela se fait plutôt naturellement. Les combats sont avant tout un moment dynamique où l’amusement est toujours présent, impression renforcée par les musiques très rythmées en fond.

Parlons justement de la bande-sonore. L’OST de ce jeu est très réussie, et quelques morceaux, notamment les thèmes de certains protagonistes, restent en tête, au point que c’est un véritable plaisir lorsqu’elles se font entendre de nouveau. Les musiques d’ambiance lors des phrases d’explorations sont aussi plaisantes : on les remarque à peine au tout début, puis on finit par y faire attention en plein milieu du niveau, et on se dit que, vraiment, l’immersion ne serait pas la même sans. Quant au style graphique, il ravira les amoureux du pixel art, avec des couleurs vives et très contrastées, et des environnements variés aux nombreux détails.

Des airs de Planet Opera

Si les ingrédients d’un divertissement des plus réussis sont bien réunis, il est un dernier élément auquel Iconoclasts doit toute sa superbe : son histoire. Narrée principalement à travers des cinématiques de dialogue, le jeu nous fait prendre progressivement conscience du monde incroyablement vivant dans lequel on évolue. La narration est complexe, digne d’un bon roman de SF, transmise par nos interactions avec l’environnement et les dialogues de grande qualité, quelques fois par des analepses. Les protagonistes sont nombreux, mais tous dépeints avec une profondeur qui leur confère un grand réalisme. Si dans ce monde, le One Concern et son culte imposé fait figure de méchants, on s’aperçoit bien vite que rien ni personne n’est vraiment d’un seul côté de la barrière: les notions de bien et de mal se recoupent et se mélangent. Chacun agit avant tout selon ses intérêt propres et ses convictions, qu’on se soumette au pouvoir du One Concern, qu’on essaie d’y résister plus ou moins bien, ou même qu’on en fasse partie.

On suit ainsi toute une galerie de personnages forts, que ce soit Robin, Mina (une pirate, membre d’un peuple qui cherche à vivre librement en dehors du pouvoir en place), Elro (le frère de Robin), ou les membres du One Concern tels que le général Chrome, Royal, ou encore l’agent Black que je trouve tout particulièrement réussie. Ces hommes et ces femmes nous font vibrer à travers leurs histoires, on s’attache à eux, on les déteste, on les envie, on tremble quand ils sont en danger et on frémit quand le voyage touche à sa fin. Après cette aventure, aucun retour n’est possible tant le chemin parcouru définit ces personnages, leurs décisions, leurs engagements, leurs croyances et leurs désillusions. C’est à travers leur expérience de la vie qu’on aperçoit un monde d’une profonde complexité où est abordé bien des questions, du fanatisme religieux à l’endoctrinement, de l’insignifiance de chaque individu à la volonté d’aider son prochain, de l’abandon à l’affirmation. Iconoclasts nous narre une grande histoire de SF, avec sa peinture d’une société et de ses travers, ses technologies étranges, ses artefacts extra-terrestres, ses mystères et ses personnages hauts en couleurs. Chaque révélation nous coupe le souffle – le sense of wonder est incontestablement présent – et apporte son nouveau lot de questions. Certaines restent sans réponse, l’univers garde farouchement ses derniers secrets, sans qu’on en sorte véritablement frustré. La plupart des promesses narratives sont tenues, mais encore faut-il pour s’en apercevoir faire attention au moindre détail, prêter garde à tous les dialogues, fouiller tous les recoins de chaque niveau à la recherche de la moindre bribe d’information. L’histoire est complexe, exigeante, mais terriblement jouissive quand on s’immerge pleinement dans cette aventure palpitante.

En bref

Iconoclasts est un jeu vidéo remplissant parfaitement son rôle de divertissement, entre action et puzzle, sans jamais être frustrant. Le jeu nous plonge dans une incroyable histoire de SF à travers toute une galerie de personnages particulièrement réussis, et aborde au passage des problématiques humanistes complexes sur notre rapport au monde et aux autres.