Aujourd’hui, je vous présente le premier spécimen de ce qui sera un rendez-vous régulier sur mon site et me tient beaucoup à cœur : les récits musicaux. Un morceau de ma composition d’un côté, un texte de mon invention de l’autre, le tout à déguster ensemble. En somme, un duo pour se laisser emporter doublement par l’imaginaire. Bonne lecture – écoute !

NB : Mes récits musicaux s’inscrivent tous dans un même univers mais peuvent se déguster indépendamment les uns des autres. Si vous voulez toutefois recoller toutes les pièces du puzzle, vous trouverez la liste complète ci-dessous :


Exil

Face au vent, à la lisière des terres dévastées,
Lucemilla scrute l’infinité aride, le relief déchiqueté.
Elle redoute d’y mettre les pieds,
Frémit de ce qu’elle pourrait y rencontrer.
Il lui faut pourtant y entrer,
Ainsi la pitoyable justice en a décidé.

Lucemilla embrasse son exil,
Scrute l’horizon de tous les périls,
Compte jusqu’à cent, jusqu’à mille,
Attend que le châtiment ultime l’annihile.

Aucun monstre ne surgit pourtant,
Tandis qu’elle s’engage dans ce néant.
Tant de cauchemars inspirés aux enfants.
Ces terres sont vides, on nous ment ?

Lucemilla enchaîne les pas, évite les crevasses,
Ici, rien ne pousse, rien ne se passe,
Elle avance mais tout est impasse.
De sa rancœur aucune étincelle ne s’efface,
Où qu’elle aille, quoiqu’elle fasse,
Sa rage croît, brûle d’être tenace.

Alors Lucemilla rappelle ses pouvoirs d’hier,
Agite les bras au gré des courants de l’air,
Scande des promesses mortifères,
Et tire des démons de la terre.

Animées d’une énergie ancienne et mauvaise,
D’un peu partout s’élèvent des boules de glaises.
Elles s’assemblent, mues d’une pulsion de genèse,
Forment une armée de colosses. Ils sont seize.

L’enchanteresse, suivie de ses géants,
Fait marche arrière, retourne vers l’orient,
Rêve chaque heure de ses nouveaux plans.
De son triomphe, ses colosses seront ses garants,
Cette fois, aucun traître n’émaille ses rangs,
Lucemilla et Esprits d’antan, tous réclament du sang.

Les terres désolées crachent leurs engeances.
Les reclus, excités par des siècles d’errance,
Martèlent le sol et grondent la cadence,
Au service d’une autre, leur vie reprend sens.

Derrière le grand fleuve s’immobilise l’armée,
À quelques lieux dort encore la cité.
Lucemilla sourit de ses ambitions ravivées,
La reconquête, enfin, peut commencer.

Cette œuvre (texte et musique) est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons
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