Lorsque la femme fit son apparition au village, les murmures investirent chaque rue. Son accoutrement et sa besace dorée ne mentaient pas : c’était une émissaire du Panthéon. Sûrement, c’était un grand jour.

Le soir, tous se tenaient autour d’elle sur la place principale et l’écoutaient.

« Citoyens, je suis envoyée par Déméter. De sa demeure céleste, Elle a vu votre récolte.

— Elle est impressionnante, n’est-ce pas ? cria un villageois.

— La déesse a apprécié nos offrandes et béni nos plantations, renchérit une autre. »

L’émissaire ne réagit pas, s’assit en tailleur sur le gravier et sortit de sa besace un livret qu’elle posa ouvert sur ses genoux, puis un hautbois qu’elle porta à ses lèvres.

La mélodie commença, sereine, puis muta, se fit sévère et même endiablée alors que la hautboïste montait et descendait l’échelle chromatique sans discontinuer. Sur le papier, le vernis qui recouvrait la partition jouée se mit à briller. La foule émit des cris apeurés.

« Ce n’est qu’un livret musical ! tonna quelqu’un pour se rassurer. Je reconnais cette mélodie, c’est juste une comptine !

— Il est vrai, sourit l’émissaire entre deux mesures, mais ce livret-là est issu du tirage de tête, des imprimeries du Panthéon. Son pouvoir est particulier. » Puis elle haussa la voix : « Citoyens, vous avez déçu votre déesse ! Votre récolte est aussi parfaite que votre péché est grand. Vos substances ont empoisonné la terre, pourri le terreau même qui vous nourrit. »

L’émissaire reprit sa mélodie, l’arrêta sur une dernière note dissonante et conclut d’une voix terrifiante :

« Le blizzard viendra du pôle et gèlera vos champs. Ici, plus rien ne poussera. Telle est votre punition. »

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