Stargate Universe est une série télévisée de science-fiction créée par Brad Wright et Robert C. Cooper, et diffusée pour la première fois aux États-Unis entre 2009 et 2011. Il s’agit de la 3e série de la franchise Stargate. Elle comporte 2 saisons, pour un total de 40 épisodes de 42 minutes chacun.

Entre navigation en espaces inconnus et plongées introspectives dans les angoisses de l’esprit, Stargate Universe nous offre un voyage de toute beauté, aussi vertigineux que terriblement humain.

Stargate Universe © MGM

Le neuvième et dernier chevron

Lorsque qu’il résout un problème caché dans un jeu vidéo et que l’armée vient frapper à sa porte, Eli Wallace, jeune prodige des mathématiques, est loin de se douter l’aventure dans laquelle il va être embarqué. Enrôlé dans le projet « Porte des Étoiles », il est emmené sur une autre planète dans la base Icare dont l’objectif est d’activer le neuvième et dernier chevron de la porte des étoiles.

Durant une attaque de la base par l’alliance luxienne, le professeur Nicolas Rush, aidé par Eli, parvient à établir un vortex stable. L’équipe de la base fuit le combat par la porte des étoiles et se retrouve bloquée de l’autre côté, la planète abritant la base Icare explosant suite à l’attaque.

Le groupe se retrouve ainsi sur le Destinée, un vaisseau construit par les Anciens afin d’explorer les confins de l’univers et qui se situe dorénavant à des milliards d’années-lumière de la Terre. Isolés sur un vaisseau doté d’un pilotage automatique mais aux systèmes parfois en panne ou au bord de la casse, avec pour seuls liens avec l’extérieur une porte des étoiles connectée aux planètes environnantes et des pierres de communication pour parler avec la Terre, les membres de l’équipe vont essayer de survivre et de trouver un moyen de rentrer à la maison, et peut-être, au passage, de lever le voile sur les mystères du Destinée.

Bloqués à l’autre bout de l’univers

Faut-il encore présenter la franchise Stargate ? Après le film de Roland Emmerich en 1994, les séries Stargate SG-1 et Stargate Atlantis de 1997 à 2009, l’univers des portes des étoiles fait partie des incontournables de la science-fiction. Un réseau qui permet de se déplacer et d’explorer des milliers de planètes dans la galaxie voire dans les galaxies voisines, des civilisations aliens puissantes et souvent belliqueuses, une petite équipe qui sait aussi bien se battre que réparer un vaisseau et qui arrive toujours à se sortir des situations les plus compliquées, il y a là tous les ingrédients d’un divertissement sympathique qui peut sans cesse raconter de nouvelles aventures.

Au milieu de cette mécanique bien huilée, la série Stargate Universe fait jeu à part. Elle est le fruit d’une tentative des auteurs de renouveler la série, de l’emmener sur des nouveaux chemins et d’y apporter un traitement plus moderne. Qu’en est-il du résultat ? Si l’accueil critique a été moins enthousiaste que pour les précédentes séries, au point que la MGM a arrêté la série après 2 saisons et fini par annuler le film qui devait clore l’histoire (en plus de mettre fin à tous les projets Stargate), je porte personnellement une grande affection pour cette série.

Le pitch, tout d’abord, est fortement accrocheur pour son côté huis-clos spatial. Ce trope n’est peut-être plus très original – quelques romans que je recommande avec ce motif : Destination Ténèbres de Franck M. Robinson, Arca et Pyramides de Romain Benassaya, ou encore Phare 23 de Hugh Howey – mais il a le mérite d’être fascinant. Il n’y a que perdu dans l’immensité de l’espace qu’on comprend à quel point, nous, humains, sommes bien minuscules. Le vaisseau qui permet le voyage, cette coque de quelques mètres d’épaisseur qui sépare la vie de la mort, est à la fois un miracle de technologie et une antiquité si fragile qu’elle peut tomber en panne à tout moment et doucher tous nos espoirs – le film First Man de Damien Chazelle fait à ce sujet un très bon travail à montrer les fusées spatiales comme un assemblage précaire de plaques de métal et de boulons dans lequel seul un fou oserait monter. Bloqués à l’autre bout de l’univers, les nouveaux membres d’équipage du Destinée ne peuvent que sur eux-mêmes pour maintenir le vaisseau en état de fonctionnement et s’offrir un sursis, gagner du temps pour trouver une idée viable et rentrer sur Terre.

À des milliards d’années-lumière de la maison

Dans un deuxième temps, le mystère de l’inconnu est aussi grisant. Pourquoi les Anciens ont-ils construits le Destinée ? Qu’espéraient-ils accomplir avec ce vaisseau qu’ils n’ont finalement jamais habité, ayant réalisé leur ascension avant d’user du neuvième chevron qu’ils avaient prévu ? Les membres du projet Icare vont tenter de répondre à ces questions, mais les informations ne sont pas si faciles à glaner, et le vaisseau pas si facile à apprivoiser.

À l’extérieur, c’est l’inconnu total. Nouvelles planètes, nouvelles espèces vivantes, nouvelles civilisations en ruines ou bien encore actives. Nouveaux alliés et ennemis. Le volet exploration de la franchise est ainsi également présent, bien que moins marqué que dans Stargate SG-1 et Stargate Atlantis. Il y a cependant cette excitation si propre à la découverte de nouvelles terres qui génère son petit effet d’émerveillement.

L’action se passant à des milliards d’années-lumière de la Terre, on aurait pu espérer que les scénaristes se laissent aller à un peu plus de folies en lieu de réutiliser des mécaniques déjà bien exploitées dans les précédentes séries comme les dysfonctionnements de portes qui donnent lieu à de troublants paradoxes temporels ou une civilisation d’intelligences artificielles qui rappelle quelque peu les Réplicateurs. Il y a toutefois une jolie fulgurance avec l’épisode Éden de la saison 1 qui aura quelques échos dans la suite, avec une planète qui ne devrait pas exister et sur laquelle se trouve un gigantesque monolithe. Ça met des étoiles dans les yeux, et c’est ça qu’on veut. Et puis, l’espace est tellement grand, peut-être que le Destinée est tout simplement passé à côté des grains de folie, ou bien qu’il ne les a pas encore atteint. C’est là tout l’intérêt du voyage : découvrir au fur et au mesure, sans savoir à l’avance sur quoi on va tomber.

Entre peurs et angoisses

La plus grande force de Stargate Universe réside dans ce qui fait toute sa différence avec le reste de la franchise : un traitement beaucoup plus sérieux, une ambiance sombre et une intrigue très centrée sur le développement des personnages. Nous avons ainsi affaire à une galerie de femmes et d’homme aux personnalités très fouillées, dont on découvre au fil de l’aventure des briques de leur passé, leurs angoisses existentielles et leurs limites. Coincés si loin dans un vaisseau si fragile, là où il faut chaque jour se battre pour survivre, ces humains sont poussés à bout et doivent affronter leurs peurs. Leur plus grande épreuve est sans doute de vivre ensemble et de rester unis malgré les conflits qui ne sont pas rares, les luttes d’intérêt et de pouvoir, les divergences d’opinions.

L’ensemble des deux saisons permet d’observer le cheminement de ces personnages, de les voir briller, douter, aimer, rire et pleurer, s’effondrer voire renoncer. Cet aspect introspectif est à mon sens la plus grande réussite de la série. Face à nous, ce ne sont pas des gens qui explorent joyeusement les confins de l’univers ; ce sont des humains qui se battent pour rester soudés et évoluer dans un univers qui recèle bien plus d’espaces morts que de grains de vie. C’est en ça que cette aventure que nous propose Stargate Universe fait à la fois rêver, frémir et trembler. Le sujet principal de la série n’est pas l’exploration, les luttes de pouvoir avec une nouvelle espèce sur le modèle des Goa’uld ou des Wraith, ou encore la promesse de technologies fabuleuses ; il s’agit de suivre une aventure humaine : celle des nouveaux habitants du Destinée.

C’est sans doute cela qui a désarçonné le public habitué de la franchise et conduit à l’annulation de la série après 2 saisons. J’estime pour ma part que Stargate Universe est une réussite et j’aurais évidement aimé que la série continue. Puisque la fin de la saison 2 permet une suite, et que les signes qu’une reprise de la franchise Stargate pourrait avoir lieu se multiplient ces dernières années (par exemple dans l’interview de Joseph Mallozzi, l’un des producteurs de Stargate, dans le numéro 2 de la revue Anticipation), je ne perds pas espoir de retourner un jour à bord du Destinée. L’univers est infini, et notre appétit pour de nouvelles histoires l’est encore plus.

En bref

Stargate Universe propose de suivre l’aventure incroyable d’une poignée de femmes et d’hommes coincés dans un vaisseau à l’autre bout de l’univers. Entre navigation en espaces inconnus et plongées introspectives dans les angoisses de l’esprit, cette série télévisée nous offre un voyage de toute beauté, aussi vertigineux que terriblement humain.