Les Enfants du Temps (Weathering with You) est un film d’animation japonais, réalisé par Makoto Shinkai (connu notamment pour Your Name), produit par le studio CoMix Wave Films et sorti en France le 8 janvier 2020.

Makoto Shinkai nous livre un film parfaitement conscient des grands enjeux climatiques de notre époque et propose une aventure résolument optimiste et humaniste.

Les Enfants du Temps, © CoMix Wave Films

Sous le règne de la pluie

On suit dans ce film les pas de Hodaka, un lycéen qui fugue de son île natale pour rejoindre Tokyo, où il se retrouve à travailler pour un magazine spécialisé dans les légendes urbaines pour gagner sa vie. Dans ce monde où la pluie est désormais omniprésente, Hodaka va croiser le chemin de Hina, une jeune fille au pouvoir singulier : celui de convoquer le soleil.

J’ai eu la chance de pouvoir assister à l’avant-première de ce film au festival des Utopiales 2019 à Nantes, où il a par ailleurs remporté le prix du public dans la catégorie long-métrage, et il a immédiatement été un gros coup de cœur pour moi. Ma deuxième expérience lors de sa sortie en salles n’a fait que confirmer mes premières impressions : ce film est un chef-d’œuvre qui fait du bien.

L’histoire s’intègre dans un futur proche où le temps est devenu des plus fous. La pluie est presque permanente, les tempêtes sont régulières, et d’étranges phénomènes météorologiques sont observés, comme ces énormes poches d’eau remplis de singuliers poissons de l’éther qui peuvent s’abattre sur la terre à tout moment et vous tremper jusqu’aux os, ou encore de véritables blizzards en plein été. Tout ceci trouve un écho particulier avec les problématiques climatiques de notre époque. Aussi déréglé que le temps soit, rien n’a pourtant vraiment changé : Tokyo est bien proche de celle que l’on connaît, avec son activité permanente, ses rues bondées et pleines à craquer de panneaux publicitaires. L’humanité semble s’être adaptée à ce bien curieux environnement.

La rencontre entre Hodaka et Hina va changer la donne. Cette dernière a le pouvoir singulier de convoquer, bien que brièvement et de manière très localisée, une éclaircie et de donner à voir le soleil. Les deux adolescents vont rapidement s’associer et mettre ce talent au service des autres, et leur entreprise connaît un véritable succès tant la nostalgie du beau temps est grande chez cette humanité condamnée à la grisaille.

Comme tout pouvoir, celui-là a également un prix, et non des moindres, comme dévoilé au fur et à mesure par de nombreuses allusions à des croyances traditionnelles du Japon : Hina est une prêtresse du Temps, et chaque rayon de soleil se paie par son énergie vitale. Se pose alors un véritable dilemme : sauver Hina et accepter la pluie, ou bien la sacrifier et retrouver un climat normal ? Makoto Shinkai réussit à nous attacher aux personnages et à leur périple, et même à jouer avec nos perceptions : le soleil est tantôt un doux réconfort, tantôt un cauchemar glacé, tandis que la pluie est pesante ou au contraire un soulagement.

Une ode à la vie

Dans la lignée de son précédent film, Your Name, Makoto Shinkai signe ici une touchante histoire d’amour entre ces deux personnages, dans un monde d’autant plus anxiogène qu’il nous apparaît comme un futur possible voire probable, le tout servi par une animation de grande qualité, de superbe travellings qui mettent en valeur les environnements dépeints, un rythme dynamique et moderne, une bande originale magistrale composée par RADWIMPS dont de nombreux morceaux restent dans la tête tant ils s’allient parfaitement aux images et véhiculent de véritables frissons. L’histoire est agréable, les faiblesses narratives rares, les personnages bien construits, l’humour présent par touches, créant les conditions d’un divertissement de qualité dans lequel on s’immerge avec grand plaisir.

Ce film n’en reste pas moins le vecteur de bien des pistes de réflexion. Il pose notamment la question du sacrifice. Si condamner une unique personne suffisait à tout faire rentrer dans l’ordre, le ferions-nous ? Hodaka et Hina sont tous deux des représentants d’une jeune génération en détresse qui peinent à trouver leur place dans ce monde dont ils ont hérité et qu’ils ne peuvent que subir. Lui a fugué de son île pour rejoindre la ville, elle vit seule avec son frère et tâche de fuir les services sociaux qui ne manqueraient pas de les placer en famille d’accueil et de les séparer. Dans un monde devenu fou, le voyage de ces deux adolescents sonnent comme une véritable quête de sens, une tentative de retour aux fondamentaux humains. C’est dans l’assistance aux autres, les sourires qu’ils causent par les apparitions du soleil, et leur affection mutuelle qu’ils trouvent du réconfort et un échappatoire à la triste réalité.

Véritable contre-pied aux nombreuses dystopies qui voient régulièrement le jour, Les Enfants du Temps est un film humaniste qui s’ancre dans une veine profondément optimiste. Les eaux montent, l’astre chaud se fait désirer, mais l’humanité continue à s’adapter et à vivre : les quartiers se déplacent, les bateaux remplacement progressivement les trains. Le climat n’a plus aucun sens, mais aucun sacrifice n’est acceptable, encore celui d’une jeune génération qui subit ce qu’on lui a légué. On pourrait y voir une incitation à l’inactivité et au fatalisme écologique, mais aussi plutôt je le crois une forme de critique envers l’immobilisme de bien des gouvernements et groupes économiques qui préfèrent se défausser de leurs responsabilités pour au contraire les jeter sur chaque individu, la plupart bien souvent dépassés par les événements. Le film passe cependant sous silence de nombreux aspects plus sombres, notamment les conséquences sociales et humanitaires du dérèglement climatique mis en scène – on imagine sans peine les véritables perdants de la montée des eaux – et préfère se concentrer sur la vision d’espoir qu’il essaie de projeter.

En bref

Avec cette histoire bouleversante mâtinée de merveilleux – à travers les légendes évoquées ou encore un véritable monde de l’éther entraperçu –, Makoto Shinkai nous livre un film parfaitement conscient des grands enjeux climatiques de notre époque et propose une aventure résolument optimiste et humaniste, toute entière centrée sur une injonction qui fait du bien : le monde a beau être fou, il faut vivre.